Retrouvailles

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Citations MILAN KUNDERA (4)

Le roman ne juge pas, il saisit le réel: 
 
(Le roman est le) territoire où le jugement moral est suspendu. Suspendre le jugement moral ce n’est pas l’immoralité du roman, c’est sa morale. La morale qui s’oppose à l’indéracinable pratique humaine de juger tout de suite, sans cesse, et tout le monde, de juger avant et sans comprendre. (…) Là, si cela vous chante, accusez Panurge pour sa lâcheté, accusez Emma Bovary, accusez Rastignac, c’est votre affaire; le romancier n’y peut rien.   (Les Testaments trahis, pp.18-19)   Car, saisir le réel fait partie de la définition même du roman; mais comment le saisir et s’adonner en même temps à un ensorcelant jeu de fantaisie ? Comment être rigoureux dans l’analyse du monde et en même temps irresponsablement libre dans les rêveries ludiques? (Les Testaments trahis, p.69) 

L’histoire du roman dépasse les nations, le roman est un art européen: 

Je parle du roman européen non seulement pour le distinguer du roman (par exemple) chinois, mais aussi pour dire que son histoire est transnationale; que le roman français, le roman anglais ou le roman hongrois ne sont pas en mesure de créer leur propre histoire autonome, mais qu’ils participent tous à une histoire commune, supranationale, laquelle crée le seul contexte où peuvent se révéler et le sens de l’évolution du roman et la valeur des oeuvres particulières.   (Les Testaments trahis, p.42) 



La morale des émotions, ou morale de l'extase, comme ersatz de la liberté de penser: le choix dicté par la société d'aujourd'hui ? 

La morale de l’extase est contraire à celle du procès; sous sa protection tout le monde fait tout ce qu’il veut: déjà, chacun peut sucer son pouce à son aise, depuis sa petite enfance jusqu’au baccalauréat, et c’est une liberté à laquelle personne ne sera prêt à renoncer; regardez autour de vous dans le métro, assis, debout, chacun a le doigt dans un des orifices de son visage; dans l’oreille, dans la bouche, dans le nez; personne ne se sent vu par l’autre et chacun songe à écrire un livre pour dire son inimitable et unique moi qui se cure le nez; personne n’écoute personne, tout le monde écrit et chacun écrit comme on danse le rock: seul, pour soi, concentré sur soi-même, et faisant pourtant les mêmes mouvements que tous les autres. Dans cette situation d’égocentrisme uniformisé, le sentiment de culpabilité ne joue plus le même rôle que jadis. (…) Au fur et à mesure que la liberté de pensée, la liberté des mots, des attitudes, des blagues, des réflexions, des idées dangereuses, des provocations intellectuelles se rétrécit, surveillée qu’elle est par la vigilance du tribunal du conformisme général, la liberté des pulsions va grandissant. On prêche la sévérité contre les péchés de la pensée; on prêche le pardon pour les crimes commis dans l’extase émotive.   (Les Testaments trahis, pp.275-276) 



Kundera définit le pessimisme et son contraire. 

Supposons qu’il y ait dans l’univers une planète où l’on viendrait au monde une deuxième fois. En même temps, on se souviendrait parfaitement de la vie passée sur la terre, de toute l’expérience acquise ici-bas.   
Et il existe peut-être une autre planète où chacun verrait le jour une troisième fois avec l’expérience de deux vies déjà vécues.   
(...)   
Ce n’est que dans la perspective de cette utopie que les notions de pessimisme et d’optimisme ont un sens: l’optimiste, c’est celui qui se figure que l’histoire humaine sera moins sanglante sur la planète numéro cinq. Le pessimiste, c’est celui qui ne le croit pas.    (L’Insoutenable légèreté de l’être, p. 323, Ed. Folio) 



  Kundera n’est d’aucun secours pour aider à choisir un métier.  

Avec scepticisme, il avait examiné l’éventail des choix qui s’offraient: les procureurs qui consacrent toute leur vie à la persécution des autres; les instituteurs, souffre-douleur des enfants mal élevés; les disciplines techniques, dont le progrès apporte avec un petit avantage une énorme nocivité; le bavardage aussi sophistiqué que vide des sciences humaines; l’architecture intérieure (...) complètement asservie aux modes qu’il détestait; le métier des pauvres pharmaciens réduits à être des vendeurs de boîtes et de flacons.   (L’Identité, pp. 70)