Retrouvailles

Veuillez installer le lecteur Real Player pour pouvoir lire les fichiers avec extension .rm

Cliquez ici pour télécharger real

Citations MILAN KUNDERA (3)

Kundera décrit les personnages à la une des média, passés maîtres dans la technique d’appeler aux sentiments des foules. Ils ne visent qu'un but, se faire remarquer. Kundera les appelle des "danseurs".  

Le danseur se distingue de l’homme politique ordinaire en ceci qu’il ne désire pas le pouvoir mais la gloire; il ne désire pas imposer au monde telle ou telle convention sociale (il s’en soucie comme d’une guigne) mais occuper la scène pour faire rayonner son moi.    
Pour occuper la scène, il faut en repousser les autres. Ce qui suppose une technique de combat spéciale. Le combat que mène le danseur, Pontevin l’appelle le judo moral; le danseur jette le gant au monde entier: qui est capable de se montrer plus moral (plus courageux, plus honnête, plus sincère, plus disposé au sacrifice, plus véridique) que lui ? Et il manie toutes les prises qui lui permettront de mettre l’autre dans une situation moralement inférieure.    
Si un danseur a la possibilité d’entrer dans le jeu politique, il refusera ostensiblement toutes les négociations secrètes (qui sont depuis toujours le terrain de jeu de la vraie politique) en les dénonçant comme mensongères, malhonnêtes, hypocrites, sales; il avancera ses propositions publiquement, sur une estrade, en chantant, en dansant, et appellera nommément les autres à le suivre dans son action; j’insiste : non pas discrètement (pour donner à l’autre le temps de réfléchir, de discuter des contrepropositions) mais publiquement, et si possible par surprise: « Etes-vous prêt tout de suite (comme moi) à renoncer à votre salaire du mois de mars pour aider les enfants de Somalie? » Surpris, les gens n’auront que deux possibilités: ou bien refuser et ainsi se discréditer en tant qu’ennemis des enfants, ou bien dire « oui »  dans un terrible embarras que la caméra devra malicieusement montrer.  (La Lenteur, pp. 25-27)  



Kundera distingue deux comportements amoureux de l'homme  

Les hommes qui poursuivent une multitude de femmes peuvent aisément se répartir en deux catégories. Les uns cherchent chez toutes les femmes leur propre rêve, leur idée subjective de la femme. Les autres sont mus par le désir de s’emparer de l’infinie diversité du monde féminin objectif.    
L’obsession des premiers est une obsession romantique: ce qu’ils cherchent chez les femmes, c’est eux-mêmes, c’est leur idéal, et ils sont toujours et continuellement déçus parce que l’idéal, comme nous le savons, c’est qu’il n’est jamais possible de le trouver. Comme la déception qui les pousse de femme en femme donne à leur inconstance une sorte d’excuse mélodramatique, bien des dames sentimentales trouvent émouvante leur opiniâtre polygamie.    
L’autre obsession est une obsession libertine, et les femmes n’y voient rien d’émouvant: du fait que l’homme ne projette pas sur les femmes un idéal subjectif, tout l’intéresse et rien ne peut le décevoir. Et précisément cette inaptitude à la déception a en soi quelque chose de scandaleux. Aux yeux du monde, l’obsession du baiseur libertin est sans rémission (parce qu’elle n’est pas rachetée par la déception).    (L’Insoutenable légèreté de l’être, pp. 289, Ed. Folio) 

 



Kundera défend le côté gratuit de l’art, qui ne vise que l’esthétique. Ecoutons sa définition du misomuse, de celui qui n'aime pas l'art.  
 

MISOMUSE: Ne pas avoir de sens pour l’art, ce n’est pas grave. On peut ne pas lire Proust, ne pas écouter Schubert, et vivre en paix. Mais le misomuse ne vit pas en paix. Il se sent humilié par l’existence d’une chose qui le dépasse et il la hait. Il existe une misomusie populaire comme il y a un antisémitisme populaire. Les régimes fascistes et communistes savaient en profiter quand ils donnaient la chasse à l’art moderne. Mais il y a la misomusie intellectuelle, sophistiquée: elle se venge sur l’art en l’assujettissant à un but situé au-delà de l’esthétique. La doctrine de l’art engagé: l’art comme moyen d’une politique. Les théoriciens pour qui une oeuvre d’art n’est qu’un prétexte pour l’exercice d’une méthode (psychanalytique, sémiologique, sociologique, etc.). La misomusie démocratique: le marché en tant que juge suprême de la valeur esthétique. 
   (L’Art du roman, p. 168)