Retrouvailles

Veuillez installer le lecteur Real Player pour pouvoir lire les fichiers avec extension .rm

Cliquez ici pour télécharger real

Citations MILAN KUNDERA (2)

Sans la moindre préparation théologique, spontanément, l’enfant que j’étais alors comprenait donc déjà qu’il y a incompatibilité entre la merde et Dieu et, par conséquent, la fragilité de la thèse fondamentale de l’anthropologie chrétienne selon laquelle l’homme a été créé à l’image de Dieu. De deux choses l’une ou bien l’homme a été créé à l’image de Dieu et alors Dieu a des intestins, ou bien Dieu n’a pas d’intestins et l’homme ne lui ressemble pas.    
Les anciens gnostiques le sentaient aussi clairement que moi dans ma cinquième année. Pour trancher ce problème maudit, Valentin, Grand Maître de la Gnose de II eme siècle, affirmait que Jésus « mangeait, buvait, mais ne déféquait point ».    
La merde est un problème théologique plus ardu que le mal. Dieu a donné la liberté à l’homme et on peut donc admettre qu’il n’est pas responsable des crimes de l’humanité. Mais la responsabilité de la merde incombe entièrement à celui qui a créé l’homme, et à lui seul.    (L’Insoutenable légèreté de l’être, pp. 352-353, Ed. Folio)  

 


Kundera définit  le kitsch, attitude qu'il déteste.  
 

Le désaccord avec la merde est métaphysique. L’instant de la défécation est la preuve quotidienne du caractère inacceptable de la Création. De deux choses l’une: ou bien la merde est acceptable (alors ne vous enfermez pas à clé dans les waters!), ou bien la manière dont on nous a créés est inadmissible. (...) Le kitsch, par essence, est la négation absolue de la merde; au sens littéral comme au sens figuré: le kitsch exclut de son champ de vision tout ce que l’existence humaine a d’essentiellement inacceptable.    
(...)    
Il faut évidemment que les sentiments suscités par le kitsch puissent être partagés par le plus grand nombre. Aussi le kitsch n’a-t-il que faire de l’insolite; il fait appel à des images clés profondément ancrées dans la mémoire des hommes: la fille ingrate, le père abandonné, des gosses courant sur une pelouse, la patrie trahie, le souvenir du premier amour.    
Le kitsch fait naître coup sur coup deux larmes d’émotion. La première dit: Comme c’est beau, des gosses courant sur une pelouse !    
La deuxième larme dit: Comme c’est beau, d’être ému avec toute l’humanité à la vue de gosses courant sur une pelouse!    
Seule cette deuxième larme fait que le kitsch est le kitsch.    
La fraternité de tous les hommes ne pourra être fondée que sur le kitsch.    (L’Insoutenable légèreté de l’être, pp. 356-357, 361-362 Ed. Folio)