Retrouvailles

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Citations MILAN KUNDERA (1)

Par Daniel Attinger  1998

Milan Kundera est un des plus grands romanciers actuels. Dans ses romans, la fantaisie et la provocation sont relevées par une langue sobre et un style efficace. 

Le but de cette page est de faire découvrir un aspect bien précis des romans de Kundera: la vision du monde proposée par le narrateur de ses romans. En effet, le narrateur kundérien est très présent, il ne manque jamais d'affirmer des idées souvent surprenantes et pertinentes. Les différentes réflexions que j'ai glanées dans les romans et les essais de Kundera convergent à mon sens vers une même vision du monde. Cette vision originale et tristement drôle, peut-être celle de Kundera lui-même, pourrait s'intituler: 

Du choix humain: la merde ou le kitsch 

La condition humaine révèle en effet un paradoxe:  comment expliquer que l'homme soit si peu parfait (témoin la petite usine puante qu'il a dans son ventre), s'il est créé à l'image de Dieu, ? Les  pensées humaines les plus hautes sont produites par des êtres qui sont aussi des "sac à merde". Pour le narrateur kundérien, ce paradoxe est un fait, un principe métaphysique. A partir de ce principe il construit un système. 

En  fait, l'homme peut avoir deux attitudes par rapport à ce paradoxe inacceptable: L'homme  peut faire comme si ce n'était pas vrai, comme si la merde n'existait pas et se réfugier dans le kitsch, ou le romantisme. Les média utilisent d'ailleurs de plus en plus cette tendance de l'homme à nier l'inacceptable.  Par contre, l'attitude opposée est d'ouvrir grand les yeux sur ce paradoxe, de s'en amuser. Au lieu de projeter un idéal kitschisant et bêtifiant sur l'autre, découvrons-le tel qu'il est. Dans le comportement amoureux, cela veut dire ne pas se projeter sur l'autre (romantisme) mais le découvrir tel qu'il est (libertinage kunderien). Dans la découverte de l'art, cela veut dire découvrir l'oeuvre d'un auteur en l'interprétant le moins possible. Cette méthode d'analyse, Kundera l'a appliquée à l'art qu'il pratique, l'art du roman. Son interprétation de l'histoire de l'art du roman est originale et brillante. 
Le narrateur kundérien déplore que la société actuelle dissimule cette réalité mi-divine mi-merdique sous ce qu'il appelle la morale des émotions, ou morale de l'extase. A cette vision kitschisante, il oppose une attitude lucide mais souvent pessimiste, illustrée par son passage sur le choix d'un métier. 

  



L'imperfection de la Création comme paradoxe fondateur d'une métaphysique . L’examen de l’oeil humain amène Kundera à de profondes réflexions sur la liberté humaine et sur Dieu.  

(...) il me suffit de voir comment son oeil clignote, de voir ce mouvement de la paupière sur la cornée, pour que je ressente un dégoût que je peux à peine surmonter.    
(...)l’oeil: la  fenêtre de l’âme; le centre de la beauté du visage; le point où se concentre l’identité d’un individu; mais en même temps un instrument de vision qui doit être sans cesse lavé, mouillé, entretenu par un liquide spécial pourvu d’une dose de sel. Le regard, la plus grande merveille que possède un homme, est donc interrompu régulièrement par un mouvement mécanique de lavage. Comme un pare-brise lavé par un essuie-glace.(...) en bricolant dans son atelier, Dieu était arrivé, par hasard, à ce modèle de corps dont nous sommes tous obligés, pour un court laps de temps, de devenir l’âme. Mais quel sort lamentable que d’être l’âme d’un corps fabriqué à la légère et dont l’oeil ne peut regarder sans être lavé toutes les dix, vingt secondes ! Comment croire que l’autre en face de nous est un être libre, indépendant, maître de lui-même ? Comment croire que son corps est l’expression fidèle d’une âme qui l’habite? Pour pouvoir le croire, il a fallu oublier le clignotement perpétuel de la paupière. Il a fallu oublier l’atelier de bricolage dont nous provenons. (...) cet atelier de bricolage où on a gâché leurs yeux avec le mouvement désarticulé d’une paupière et installé une petite usine puante dans leur ventre.   (L’Identité, pp. 17, 66-68, 107)