Retrouvailles

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Une rencontre avec Henri Laborit (4)

J.-L. Servan-Schreiber. - Vous dites que la partie la plus évoluée de notre cerveau s’appelle aussi, je crois, néocortex, en terme technique : c’est celui qui permet l’abstraction, l’association, l’imagination. C’est très important : on a l’impression que c’est ce qui fait...

H. Laborit. - Notre spécificité humaine.

J.-L. Servan-Schreiber. - Mais, à un moment donné, vous dites : ”Au fond, il a, comme principale raison d’être, d’exprimer et de donner un alibi à nos pulsions et, éventuellement, de nous échapper dans le rêve.” Cela paraît restreint.

H. Laborit. - Non, ce n’est pas restreint du tout. Il faudrait développer - nous n’avons pas le temps dans cette émission - ce qu’on appelle le phénomène de conscient et d’inconscient. J’ai l’habitude, pour me faire comprendre, de prendre l’exemple du pianiste de concert qui, pendant des semaines ou des mois, va répéter le même trait. Il est parfaitement conscient de la difficulté qu’il a à réaliser ce trait. Mais il est strictement inconscient de ce qui commande au niveau de son cortex les influx nerveux qui vont arriver au niveau de ses mains à partir d’une lecture d’un texte musical. Mais il est parfaitement aussi conscient de la difficulté qu’il a à réaliser sans faute ce trait. Qu’est-ce qu’il fait, ce faisant, en le répétant ? Il va automatiser son geste, il va le rendre inconscient. Et, à partir de ce moment-là, il est toujours conscient mais il va être conscient à un autre niveau d’organisation, à un autre niveau de conscience qui n’est pas le précédent puisque, le précédent, il s’en est débarrassé par l’inconscience.
Or, ce dont il faut se rendre compte, c’est que tous nos concepts, tous nos mouvements, tous nos comportements sont faits de nos automatismes inconscients, depuis la naissance. Nous apprenons à marcher. Croyez-vous que, depuis tout à l’heure, nous sommes conscients que nous pulsons de l’air dans notre trachée, que nos cordes vocales se contractent, que notre langue tourne dans notre bouche, que nos mains bougent - car on parle aussi avec les mains - que nous sommes conscients de la façon dont nous associons les phonèmes, les monèmes pour faire des mots, des phrases ? Sommes-nous conscients de la façon dont nous obéissons à une syntaxe ? Tout cela est strictement inconscient et ce que nous essayons de rendre par un langage, par exemple, c’est une petite frange très superficielle qui, elle est supportée par tous ces automatismes, mais, là encore, ce sont des automatismes de langage et ces automatismes de langage, dès qu’on atteint l’homme, supportent une sémantique, c’est-à-dire supportent des jugements qui sont des jugements de valeur sur ce qui est favorable ou défavorable à vous ou au groupe social dans lequel vous êtes inclus. Et tout cela est strictement inconscient.
Si bien que nous parlons et nous avons une analyse logique qui couvre un manque d’inconscient. Et, finalement, ce qu’on appelle le conscient, c’est, en fait, pour 95% de ce qu’il est, l’inconscient.

J.-L. Servan-Schreiber. - C’est la mousse sur le dessus, en fait ?

H. Laborit. - C’est la mousse sur le dessus.