Retrouvailles

Veuillez installer le lecteur Real Player pour pouvoir lire les fichiers avec extension .rm

Cliquez ici pour télécharger real

Une rencontre avec Henri Laborit (3)

J.-L. Servan-Schreiber. - Mais, pour préciser les choses, les reptiles - puisqu’il y en a encore - n’ont pas ce deuxième cerveau ?

H. Laborit. - Il semble que non. Je n’ai jamais étudié les reptiles, mais enfin j’écoute les bons auteurs.

J.-L. Servan-Schreiber. - Ils ont une mémoire. S’ils n’avaient pas de mémoire, ils se jetteraient dans le feu...

H. Laborit. - Il semble que, comme les poissons, ils aient une mémoire à relativement court terme, c’est-à-dire qu’ils ne peuvent pas se souvenir longtemps de quelque chose. La mémoire à long terme est liée - on l’admet de plus en plus- à une synthèse de protéines dans certaines régions du cerveau, qui vont coder un certain nombre de neurones, de voies neuronales, et garder la trace de votre expérience.

C’est un peu comme ce qui se passe quand vous avez une affection, une typhoïde, par exemple. Certaines cellules de votre organisme synthétisent, forment au contact du bacille typhique par exemple, des anticorps qui sont des protéines et qui sont une mémoire puisque, ensuite, quand vous retrouvez un bacille typhique, vous savez que c’est un bacille typhique et vous allez mettre en jeu tout votre système immunitaire pour le détruire.

J.-L. Servan-Schreiber. - Ce sont des maladies que l’on n’a pas deux fois.

H. Laborit. - Que l’on n’a pas deux fois. Et, finalement, le cerveau se comporte de façon très semblable en ce qui concerne la mémoire à long terme.

J.-L. Servan-Schreiber. - Le troisième cerveau, c’est celui qu’on a l’habitude d’appeler le cerveau, du point de vue des humains, c’est-à-dire la partie supérieure et frontale de la boîte crânienne ?

H. Laborit. - C’est celui qui s’est rajouté aux autres et qui, chez l’homme, a pris un développement particulier.

J.-L. Servan-Schreiber. - Volumineux.

H. Laborit. - Il a pris un développement surtout au niveau des bosses orbito-frontales. Nous sommes très fiers de notre front droit, avec raison, d’ailleurs.

J.-L. Servan-Schreiber. - Pourquoi droit ?

H. Laborit. - Parce qu’il est droit.

J.-L. Servan-Schreiber. - Ah oui. Je pensais droite ou gauche.

H. Laborit. - L’homme de Neandertal, par exemple, dont on retrouve les crânes actuellement, avait un angle orbito-frontal de 65 degrés. Nous avons un angle de 90 degrés. Nous avons raison d’en être fiers parce que, derrière, se trouve une masse de cellules nerveuses - fouillis nerveux, dirai-je - qu’on appelle une région associative, c’est-à-dire qu’elle associe ce qui lui arrive et de façon je ne dirai pas aléatoire parce que, pour associer, il faut avoir une motivation - si l’événement ne vous intéresse pas, vous n’associerez rien et vous ne mémoriserez rien, mais à partir de l’expérience antérieure et de l’événement présent, vous pouvez associer d’une façon différente votre expérience et créer des relations nouvelles dans votre système nerveux qui sont l’imaginaire. Et l’homme n’a de caractéristique anatomique, biochimique, fonctionnelle, physiologique, si vous voulez, et comportementale, ce que j’appellerai presque un quatrième cerveau, cette partie du troisième cerveau qui lui est spécifique, qui appartient à l’espèce, et qui lui permet d’imaginer, donc de se tirer d’affaire, donc d’inventer des comportements nouveaux à partir d’expériences anciennes et de problèmes anciens aussi.

J.-L. Servan-Schreiber. - Autrement dit, en résumé, il y a trois étages : il y a un étage plutôt instinctif et de pulsion.

H. Laborit. - Instinctif : le terme est exact.

J.-L. Servan-Schreiber. - Y compris l’instinct sexuel qui joue un rôle très important.

H. Laborit. - Exactement, bien sûr.

J.-L. Servan-Schreiber. - Le deuxième, c’est plutôt mémoire et affectivité.

H. Laborit. - Et le troisième, c’est l’avenir.

J.-L. Servan-Schreiber. - Le troisième est capable de projeter.

H. Laborit. - Il projette un scénario futur qu’il peut ou pas réaliser.