Retrouvailles

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Une rencontre avec Henri Laborit (2)

J.-L. Servan-Schreiber. - Mais l’ensemble de cette description repose un petit peu sur une simplification. Je crois qu’il serait important de l’expliquer un peu aux spectateurs : la manière dont est structuré notre cerveau. D’après ce que je comprends, une partie nous vient des reptiles, l’autre des mammifères et la troisième nous est spécifique. Nous avons trois cerveaux ?

H. Laborit. - Oui, le troisième ne nous est pas spécifique, il est spécifique des mammifères, mais son développement chez l’homme est spécifique, c’est vrai.

J.-L. Servan-Schreiber. - Pouvez-vous expliquer un petit peu la différence ?

H. Laborit. - C’est la théorie développée par Mc Lean et qui repose sur des comparaisons. En particulier, quand on examine l’échelle des espèces, les comparaisons entre les différents stades des systèmes nerveux des êtres vivants.

J.-L. Servan-Schreiber. - Ces trois cerveaux, vous pouvez nous dire un peu rapidement comment ils s’appellent et par quoi ils se caractérisent ? Parce que je crois que c’est très important.

H. Laborit. - Le premier, comme vous l’avez dit, c’est celui des reptiles ; il est reptilien, dit Mc Lean. C’est-à-dire que c’est un cerveau qui répond aux choses les plus élémentaires.

J.-L. Servan-Schreiber. - Il est un peu bas dans la nuque, c’est cela ?

H. Laborit. - Oui, si vous voulez, il est un peu bas dans la nuque. C’est vrai, c’est le premier. C’est ce qu’on appelle - pas de mots savants ! - hypothalamus, etc. Ce cerveau est en liaison intime avec tout l’équilibre biologique et endocrinien ; c’est lui qui commande le fonctionnement de l’hypophyse qui, elle, commande à toutes les glandes de la sécrétion interne qui vont régler, contrôler tout le fonctionnement de ces petites usines chimiques que sont nos cellules. Et, effectivement, ce cerveau répond au plus pressé, c’est-à-dire boire, manger, copuler. Sans cela, il n’y aurait pas d’êtres vivants s’il ne se produisait pas ces fonctions essentielles. Et c’est ce cerveau qui est le plus résistant; d’ailleurs ; dans un traumatisme crânien, c'est celui qui meurt le dernier.

J.-L. Servan-Schreiber. - Mais ce cerveau, il nous provoque aussi de impressions, des sensations ? Par exemple, la peur, ou l’angoisse ?

H. Laborit. - Non, cela demande un deuxième cerveau. C’est une réponse immédiate au présent. C’est plus compliqué que ce qu’on est habitué à décrire dans ce cas-là, c’est-à-dire le réflexe rotulien, le médecin qui vous tape avec un bâton à réflexe sur le tendon rotulien. Il y a un plus grand nombre de neurones mis en jeu, cela monte plus haut, mais, finalement, c’est quelque chose qui se rapproche assez d’un réflexe, et cela répond au présent, au stimulus. Mais dès que vous parlez d’angoisse, dès que vous parlez de peur, cela répond, à ce moment-là, à une expérience passée : pour avoir peur, il faut déjà savoir, par expérience, qu’il y a des choses qui sont favorables et des choses qui sont défavorables à votre plaisir, à votre équilibre biologique. Donc cela demande une mémoire et cette mémoire est liée à un deuxième cerveau qui est celui que Mc Lean décrit comme le cerveau des vieux mammifères. L’un des plus anciens est le hérisson, par exemple. Et on le décrit, en général, comme celui de l’affectivité et ne pense pas qu’il puisse y avoir affectivité sans mémoire. Et ce deuxième cerveau, qui vient s’ajouter au précédent dans l’évolution des espèces, est nécessaire à la mémoire à long terme, c’est-à-dire le fait de pouvoir se souvenir des expériences qui vous ont été favorables ou défavorables, pour recommencer celles qui sont favorables et éviter, bien sûr, celles qui sont défavorables.