Retrouvailles

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Henri LABORIT

chirurgien, philosophe, chercheur, optimiste et visionnaire

(1914 - 1995)

HenriLaborit est né à Hanoi en 1914.

Suivant les traces d'un père trop rapidement disparu, il s'oriente vers la médecine et devient chirurgien de la Marine. Confronté au problème du choc opératoire et de l'absence de moyens thérapeutiques suffisants durant la guerre de 39-45, il développe ses propres méthodes et se met bientôt a dos sa hiérarchie, tant militaire que professionnelle. Son audace lui fermera la porte d'une brillante carrière au service de l'Etat, mais lui permettra de s'engager à fond dans la recherche.

En 1950, il s'intéresse à la Chlorpromazine, que l'on peut définir comme étant le premier tranquilisant au monde. Presque simultanément, il met au point l'hibernation artificielle, qui allait révolutionner la chirurgie. Jusqu'à sa mort en 1995, Laborit travaillera inlassablement dans le domaine de la recherche en micro-biologie, biochimie, parsemant sa route de découvertes fondamentales qui permettront l'évolution de la médecine dans des domaines aussi divers que l'anesthésie, la cardiologie ou encore la psychiatrie.

Ces observations l'amèneront à développeer des théories extrêmement importantes relativement au comportement humain. Refusant d'entrer dans le jeu protocolaire de ses confrères français, il sera tenu à l'écart du monde scientifique hexagonal, tandis que les Américains lui décerneront leur plus haute distinction scientifique, le prix Albert LASKER.

Fuyant diktat et "tradition" de la France scientifique "officielle" engoncée dans ses certitudes, il monte, en 1958, son propre la laboratoire de recherche et parvient à le financer qu'à travers la vente de brevets à l'industrie pharmaceutique, brevets relatifs aux travaux qu'il mène avec son équipe. C'est le laboratoire d'Eutonologie à l'hôpital Boussicaut. On ne lui pardonnera jamais cette indépendance d'esprit et son décès, le 18 mai 1995, n'a suscité quasi aucun commentaire du monde scientifique et de l'Etat français.

Le grand public ne le découvre réellement qu'en 1980, lors de sa prestation dans le film d'Alain Resnais, film dont il est par ailleurs l'instigateur involontaire. Tout au long de ce film, il donne des "clés" biologiques expliquant le pourquoi du comportement des protagonistes. Depuis les années '60, son soucis de s'adresser au plus grand nombre, le pousse à publier de nombreux ouvrages de vulgarisation scientifique, relatifs aux comportements humains, expliquant inlassablement les mécanismes de fonctionnement de l 'individu, mis en situation sociale.

Bien qu'assez difficiles d'accès, ses livres sont autant de révolutions et de mises en pièces de l'argutie traditionnelle relative à la "nature humaine" et ses déviances. Au fond, le message est simple :

Avant de juger ou d'expliquer ou d'excuser, il faut d'abord tenter de comprendre comment l'Homme fonctionne. Avant d'assommer l'enfant avec des lois, des réglements, des contraintes hiérarchiques, il faut lui donner les "clés" de sa propre conscience.

Bref, de nos jours, on dirait qu'il faut responsabiliser l'individu. Ce qui selon Laborit signifie lui expliquer ce qu'il est AVANT TOUTE CHOSE : Un être vivant ayant pour unique but la sauvegarde de sa structure biologique dans son environnement.

Henri Laborit fut notamment l'auteur, dans les années '70, d'une série de conférences très suivies par certains urbanistes et architectes, concernant les rapports de l'Homme face à la ville. Il a d'ailleurs exprimé la synthèse de ces observations dans un ouvrage intitulé "L'Homme et la Ville".

Toutefois, ses écrits les plus populaires restent "La Nouvelle grille", "Eloge de la fuite" et "Dieu ne joue pas aux dés", ouvrages qui parcourent le vaste monde du comportement humain et des origines de l'espèce. Dans les dernières années, Laborit a publié quelques ouvrages au ton plus personnel, dans lesquels il parle de son extraordinaire carrière professionnelle et humaine avec un humour et une humilité qu'on aimerait retrouver plus souvant dans monde scientifique. Ce sont notamment "La Vie antérieure" et "Une vie", dernier livre d'entretiens, sorte de synthèse de ce parcours exceptionnel.

Loin des honneurs, loin du pouvoir et des feux de la rampe, il a avancé, inexorablement le long du chemin qu'il s'était fixé, jusqu'à son dernier souffle. Une vie vouée à la compréhension de lui-même et de ses semblables. Un bel exemple de dévouement et de désintéressement. Combien de fois a-t-il refusé des ponts d'or qu'on lui proposait (surtout aux USA), préférant l'indépendance de pensée et de travail, au mirage de la fortune.

J'ai la chance d'avoir assisté à l'une de ses conférences (l'une des dernières sans doute) en 1994, et je garde un souvenir aussi ébloui qu'ému de cet homme qui, à l'âge où l'on se fait cajoler par ses petits-enfants au coin du feu et d'une retraite bien méritée, continuait inlassablement à faire profiter les profanes, dont je suis, de son immense expérience.

Merci Monsieur le Professeur, de m'avoir offert ce moment de bonheur et de m'avoir aidé à retrouver la foi en une Humanité toujours perfectible, malgré les atrocités et la démesure de son règne.

Ce modeste espace, très incomplet, vous est dédié ainsi qu'à votre équipe qui perpétue et continue votre travail, que dis-je, votre vie.